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  Vivian MAIER
portrait de SEBASTIAO SALGADO
Vivian Maier, née le 1er février 1926 et morte le 21 avril 2009
(à 83 ans), est une photographe de rue américaine
dont le travail est demeuré inconnu jusqu'à sa mort et sa découverte fortuite par John Maloof.

« Eh bien, je suppose que rien n'est fait pour durer éternellement. Nous devons faire de la place pour d'autres personnes. C'est une roue. Vous obtenez, vous devez aller à la fin. Et puis quelqu'un a la même chance d'aller à la fin et ainsi de suite. »


BIOGRAPHIE
La vie de Vivian Maier a été reconstituée par John Maloof qui a recherché les témoins de son existence aux États-Unis en retrouvant notamment les familles auprès desquelles elle a vécu. La partie française de sa biographie a été reconstituée grâce aux travaux de l'Association Vivian Maier et le Champsaur qui a procédé aux mêmes recherches de témoins de sa vie dans le Champsaur, la vallée d'origine dans les Hautes-Alpes de sa famille maternelle.Vivian Maier est née à New York le 1er février 1926. Son père, Charles Maier, est américain, issu d'une famille d'émigrants autrichiens et sa mère Maria Jaussaud est française. Maria Jaussaud est née le 11 mai 1897 à Saint-Julien-en-Champsaur et y a vécu jusqu'à son départ pour les États-Unis, où une branche de la famille Jaussaud avait déjà émigré. Maria fait la connaissance à New York de Charles Maier, employé dans une droguerie, et l'épouse le 11 mai 1919. Elle obtient la nationalité américaine par son mariage. De cette union naissent deux enfants, d'abord un garçon, Charles William, en 1920, puis une fille, Vivian, en 1926. Les parents se séparent peu après leur mariage, en 1929. Le garçon est confié à ses grands-parents paternels, et Vivian reste auprès de sa mère, qui trouve alors refuge auprès d'une amie qui réside dans le Bronx, Jeanne Bertrand, née en 1880 non loin de la vallée du Champsaur. Jeanne Bertrand est une photographe professionnelle reconnue. Elle a eu les honneurs de la première page de l'édition du 23 août 1902 du Boston Globe, le grand journal de Boston, avec un long article élogieux sur son jeune talent de photographe, avec sa photo et deux portraits qu'elle avait réalisés. Elle fait découvrir à Maria et à sa fille sa passion pour la photographie. Grâce aux témoignages recueillis auprès des habitants, l'association champsaurine établit qu'en 1932 ou en 1933, les deux femmes et Vivian reviennent en France pour s'installer d'abord à Saint-Julien, puis à Saint-Bonnet-en-Champsaur. Une partie de l'enfance de Vivian se passe donc en France, de ses six ou sept ans à ses douze ans. Elle parle le français et joue avec les enfants de son âge. Sa mère, Maria, prend quelques photos qui sont autant de témoignages de leur séjour.
Le 1er août 1938, Maria Maier et sa fille âgée de 12 ans rentrent aux États-Unis ; elles embarquent à bord du Normandie, qui relie Le Havre à New York, où elles s'installent à nouveau. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1950-1951, Vivian Maier, jeune adulte de 24-25 ans, revient dans le Champsaur pour vendre aux enchères une propriété qui lui a été léguée. En attendant la vente, Vivian parcourt la région, rend visite aux membres de sa famille et par tous les temps fait de nombreuses photos avec ses deux appareils en bandoulière. La jeune femme repart pour New York le 16 avril 1951 et entre au service d'une famille de Southampton comme nounou. Elle s'achète un excellent appareil de photo, un Rolleiflex de professionnel. Elle restera dans cette famille pendant la majeure partie de son séjour à New York avant de s'établir définitivement en 1956 à Chicago où elle poursuivra son activité de gouvernante pour enfants.
Vivian Maier a 30 ans à son arrivée à Chicago où elle est engagée par Nancy et Avron Gensburg pour prendre soin de leurs trois garçons : John, Lane et Matthew. Selon Nancy Gensburg, elle n'aimait pas particulièrement être nounou, mais elle ne savait pas quoi faire d'autre. Et c'est ce métier qu'elle exercera presque jusqu'à la fin de sa vie. Chez les Gensburg, elle dispose d'une salle de bain privée qui lui sert aussi de chambre noire où elle peut développer ses négatifs et ses films. Elle donne libre cours à sa passion pour la photographie car, dès qu'elle le peut, elle part photographier dans la rue la vie quotidienne de ses habitants, les enfants, les travailleurs, les gens de la bonne société comme les malheureux, aveugles mendiants ou marginaux. Tout en restant au service de la famille Gensburg, la famille ayant pourvu temporairement à son remplacement, elle entreprend, seule, pendant 6 mois, en 1959-1960, un voyage autour du monde : elle se rend au Canada, en Égypte, au Yémen, en Italie, à Bangkok… et effectue un dernier séjour dans le Champsaur qu'elle sillonne à vélo et où elle prend de nombreuses photos, que personne là-bas n'a vues. Secrète, elle n'a jamais dit aux Gensburg où elle était allée. C'est de cette famille, qu'elle a connue dès son arrivée à Chicago et au sein de laquelle elle a vécu pendant 17 ans, qu'elle s'est toujours sentie la plus proche.
Quand John, Lane et Matthew devenus grands n'ont plus besoin d'une nounou, Vivian Maier quitte les Gensburg et poursuit son activité de famille en famille. À partir de ce moment, ses négatifs ne seront plus ni développés, ni tirés jusqu'à la découverte de son œuvre par John Maloof. C'est à cette époque aussi qu'elle décide de passer à la photographie en couleur en utilisant plusieurs appareils de photo différents dont un Kodak et un Leica.

Sa mère décède en 1975, et Vivian vit seule désormais, elle a 49 ans. Elle reste animée par son extraordinaire passion pour la photo et réalise toujours de nombreux clichés. Quand en 1987 Zalman Usiskin, professeur de mathématiques à l'université de Chicago, et son épouse Karen interrogent Vivian Maier avant de l'engager, elle leur dit : « Je dois vous dire que je viens avec ma vie, et ma vie est dans des cartons ». Zalman Usiskin lui répond qu'il possède un grand garage et que ce n'est pas une difficulté. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle vienne avec 200 cartons représentant environ trente années de photographies et contenant des négatifs, du matériel photographique et aussi pour beaucoup d'entre eux des coupures de journaux et de magazines soigneusement rangés dans des classeurs auxquelles elle attachait beaucoup d'importance. Ses cartons sont entreposés chez un garde-meuble et elle n'y touche pas jusqu'à son départ, un an plus tard. De 1989 à 1993, Vivian prend soin avec beaucoup d'humanité de Chiara Bayleander, une adolescente handicapée mentale, et est pour elle une compagne enjouée et dynamique. Elle entrepose ses nombreux cartons dans l'entresol de Frederico Bayleander, son employeur.

Quelques-uns de ses anciens employeurs la décrivent comme ayant des avis tranchés et pouvant même être impolie, mais les fils Geensburg l'adoraient. Pour Lane Gensburg, « elle était comme Mary Poppins ». Ils étaient aux anges quand elle leur rapportait un serpent mort pour l'examiner avec eux ou les emmenait voir des films d'art et essai, assister à la parade du Nouvel an chinois ou surtout quand elle allait cueillir avec eux des fraises sauvages dans un bois tout proche de chez eux.

La vieillesse s'installe peu à peu. Vivian connaît de sérieuses difficultés financières. La plus grande partie de ses affaires se trouvaient chez un garde-meuble quand les frères Gensburg retrouvent leur nounou vivant dans un petit appartement à Cicero à la fin des années 1990. Vivian aimait la famille Gensburg et était toujours restée en contact avec elle, allant aux mariages, aux remises de diplômes, leur rendant visite aux naissances. Les Gensburg l'installent dans un appartement agréable à Rogers Park et continuent de veiller sur elle. En décembre 2008, elle glisse sur une plaque de verglas, se blesse à la tête et est emmenée d'urgence à l'hôpital. Les frères Gensburg veillent à ce qu'elle soit bien soignée et la font entrer dans une maison de retraite médicalisée. Malgré les soins reçus et l'attention affectueuse qui lui est portée par les trois frères, Vivian Maier décède le 20 avril 2009. Deux années plus tôt et sans que les frères Gensburg le sachent, les frais de stockage de ses cartons au garde-meuble étant impayés, les appareils de photos, les négatifs, les bobines de films appartenant à Vivian avaient été mis en vente aux enchères. C'est à ce moment-là, en 2007, que John Maloof s'était porté acquéreur d'un lot et ce fut le début de la reconnaissance d'une grande photographe quelques mois plus tard, avant toutefois que John Maloof puisse la retrouver et faire sa connaissance.

LA DECOUVERTE FABULEUSE DE JOHN MALOOF :
À la fin de l'année 2007, John Maloof, un jeune agent immobilier de 25 ans est le président d'une société historique locale et recherche des photographies pour illustrer un livre qu'il coécrit sur le quartier de Portage Park à Chicago. Il court les salles de ventes et finit par acheter1 pour 400 dollars un énorme lot de négatifs (30 000 négatifs, des dizaines de rouleaux de pellicule et seulement quelques tirages réalisés dans les années 1950-1960). Il n'y a pas d'images de Portage Park. Déçu, John Maloof remise son achat dans un placard pendant plus de six mois avant de se rendre compte que ces images, principalement en noir et blanc, sont belles, émouvantes et superbement composées et que c'est un trésor qu'il a découvert.

John Maloof ressort les négatifs, les numérise par centaines et examine les milliers de pellicules encore embobinées. Il prend contact avec la maison de ventes aux enchères pour retrouver les acheteurs des autres lots et il les leur rachète et acquiert au total plus de 100 000 négatifs. Il la questionne aussi, désireux de connaître cette mystérieuse photographe dont il a aperçu les autoportraits impressionnés sur la pellicule 30 ou 40 ans plus tôt. Il apprend que ces cartons appartenaient à une dame âgée et malade dont on ne connaît pas le nom et il ne poursuit pas à ce moment-là ses investigations. En avril 2009, John Maloof découvre dans un carton une enveloppe d’un laboratoire de photo portant le nom de Vivian Maier écrit au crayon. Il tape le nom de Vivian Maier sur le moteur de recherche Google et apprend par un avis de décès paru quelques jours plus tôt dans le Chicago Tribune qu'elle est décédée à l’âge de 83 ans. Les frères Gensburg, que Vivian Maier a élevés de 1956 à 1972 et qui se sont occupés d'elle dans les dernières années de sa vie, ont fait publier cette notice nécrologique :

« Vivian Maier, originaire de France et fière de l'être, résidente à Chicago depuis ces cinquante dernières années, est morte en paix lundi. Seconde mère de John, Lane et Matthew. Cet esprit libre apporta une touche de magie dans leur vie et dans celles de tous ceux qui l'ont connue. Toujours prête à donner un conseil, un avis ou à tendre une main secourable. Critique de film et photographe extraordinaire. Une personne vraiment unique, qui nous manquera énormément et dont nous nous souviendrons toujours de la longue et formidable vie. »

Si l'histoire de Vivian Maier prend fin pour les fidèles frères Gensburg, elle ne fait que commencer pour le monde entier qui la découvre par le livre de John Maloof Vivian Maier, Street Photographer. Ce livre reçoit partout un accueil admiratif et suscite de nombreux articles dans la presse américaine dont un article de William Meyers paru dans le Wall Street Journal du 3 janvier 2012 sous le titre « The Nanny's Secret »
(Le Secret de la nounou).

Son secret est d'avoir réalisé au cours de sa vie près de 120 000 photos de rue, sans les avoir vues elle-même pour une bonne partie puisqu'elle n'a pas toujours eu la possibilité ni les moyens financiers de développer ou de faire développer ses négatifs. Elle n'a pas montré ses tirages, n'a pas parlé de son travail et, a fortiori, elle n'a jamais tenté de tirer profit de ses clichés.
Au printemps 2010, Jeffrey Goldstein, un collectionneur d'art de Chicago, racheta 19 000 négatifs, 1 000 tirages et 30 films à un enchérisseur qui avait participé à la vente aux enchères de 2007. Au total, le nombre des négatifs contenus dans les cartons de Vivian Maier s'élève ainsi à environ 120 000 négatifs.



BIBLIOGRAPHIE :
(en) John Maloof, Vivian Maier : Street Photographer, PowerHouse Books,‎ 2011, 136 p.
(ISBN 978-1576875773)

(en) Richard Cahan et Michael Williams, Vivian Maier : Out of the Shadows, CityFiles Press,‎ 2012, 288 p. (ISBN 978-0978545093)

(en) John Maloof, Vivian Maier : Self-Portraits, PowerHouse Books,‎ 2013, 120 p.
(ISBN 978-1576876626)

(en) Richard Cahan et Michael Williams, Eye to Eye : Photographs by Vivian Maier, CityFiles Press,‎ 2014,208 p.
(ISBN 978-0991541805)

« Vivian Maier : l'histoire incroyable d'une photographe amateur », Réponses Photo, no 259,‎ octobre 2013

SITE OFFICIEL :
- Vivian MAIER


Source : Wikipedia et www.vivianmaier.com

 

Toute une panoplie d'appareils photo ayant appartenu à Vivian Maier © Photo : DR
Toute une panoplie d'appareils photo ayant appartenu à Vivian Maier © Photo : DR


Autoportrait de Vivian Maier - 5 mai 1955 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier - 5 mai 1955 © Vivian Maier / Collection John Maloof

LES LIVRES SUR VIVIANE MAIER
 




Autoportrait de Vivian Maier - 1953 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier - 1953 © Vivian Maier / Collection John Maloof



Autoportrait de Vivian Maier - 1954 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier - 1954 © Vivian Maier / Collection John Maloof




Autoportrait de Vivian Maier avec une limule - 1954 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier avec une limule - 1954 © Vivian Maier / Collection John Maloof



Autoportrait de Vivian Maier - 1954 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier - 1954 © Vivian Maier / Collection John Maloof



Autoportrait de Vivian Maier - 1955 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier - 1955 © Vivian Maier / Collection John Maloof



Autoportrait de Vivian Maier - 1955 © Vivian Maier / Collection John Maloof
Autoportrait de Vivian Maier - 1955 © Vivian Maier / Collection John Maloof






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