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  Raymond CAUCHETIER
portrait raymond cauchetier

Raymond Cauchetier, est un photographe français né le 10 janvier 1920 dans le 12e arrondissement de Paris.Il est connu pour avoir été photographe de plateau de 1959 à 1968 sur un grand nombre des films de la Nouvelle Vague. Il a notamment travaillé sur les films À bout de souffle, Jules et Jim, les Quatre Cents Coups, Lola, Cléo de cinq à sept et Baisers volés.

« Quand j’ai vu tourner A bout de souffle, quand j’ai compris que j’assistais à une révolution du cinéma,
je ne me suis pas contenté des quelques images attendues, j’ai fait du reportage sur le film."
»



BIOGRAPHIE
Raymond Cauchetier est né en 1920 à Paris dans le 12ème. Il est avant toutun photographe de plateau, il raconte que la célèbre photo de Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg déambulant sur les Champs-Élysées dans le film À bout de souffle, réalisé en 1959 par Jean-Luc Godard et sorti en 1960, a été prise à l'écart du tournage : « Ce qui est bon pour le cinéma ne l’est pas toujours pour la photo. Pour la séquence des Champs-Élysées, j’ai préféré, et c’était une première, emmener les comédiens loin de la foule, en bas de l’avenue, pour rejouer la scène. Seuls les professionnels savent que cette photo, qui a fait le tour du monde, n’est pas une photo du film. »

Raymond Cauchetier fut, pour à peine une décennie, l'un des photographes majeurs du cinéma français, celui de la Nouvelle Vague. Son nom reste inconnu du grand public, alors que ses images sont aujourd'hui universellement connues. Car c'est par la photographie que le cinéma s'ancre dans les mémoires. D'À bout de souffle à Jules et Jim, des Quatre cents coups à Lola, de Cléo de cinq à sept à Baisers volés, l'appareil photo de Cauchetier a parcouru les lieux essentiels de la modernité cinématographique. Pourtant, aucune étude un peu documentée n'avait été consacrée à son travail avant que le chef opérateur américain John Bailey ne lui consacre une série d'articles sur le blog de l'American Society of Cinematographers. Compte-tenu de l'importance du travail de Raymond Cauchetier, particulièrement bien représenté dans les collections de la Cinémathèque française, il nous a semblé opportun de publier une version française de cette étude sur notre site. Nous remercions vivement John Bailey qui en a accepté le principe, et Raymond Cauchetier qui a patiemment revu la version française et nous a fourni la documentation photographique nécessaire à son illustration.

À l'âge de 11 ans, Raymond Cauchetier est marqué par la reproduction du temple d’Angkor Vat à l'exposition coloniale de 1931.
Il a parcouru le monde et photographié les ruines d’Angkor Vat au Cambodge, comme les tympans des églises romanes, de la Norvège à l’Égypte copte, pour en faire de somptueux ouvrages, et pourtant il vit dans le même appartement du XIIe arrondissement de Paris depuis qu’il y est né en 1920. Autodidacte, il n’a acheté son premier appareil photo qu’à l’âge de trente ans et pourtant il a été le photographe de plateau de nombreux films cultes de la Nouvelle Vague, de 1958 à 1968. À cette époque, la plupart des photojournalistes utilisent des Leica 35 mm et pourtant il choisit un Rolleiflex avec un format plus grand (6x6), celui des photographes correspondants de guerre. Il est aujourd’hui encore, selon l’écrivain Marc Vernet, inconnu du grand public en France, presque anonyme, et pourtant il est l’auteur de dizaines de photographies de cinéma parmi les plus emblématiques de cette époque, images gravées dans notre mémoire cinématographique. Il devient photographe de plateau par hasard géographique puis abandonne ce métier lorsque les conditions de rémunération et le regard sur son travail ne le satisfont plus. Cela survient alors que les « Jeunes Turcs » du mouvement, critiques et réalisateurs, définissent et pratiquent la “politique des auteurs”, pour eux-mêmes et pour quelques cinéastes américains marginalisés, et pourtant lui, “le photographe de plateau,” a du attendre quarante ans pour être enfin crédité des droits d’auteur sur ses images. Tels sont les paradoxes du personnage et de sa carrière.

Envoyé par l’armée de l’Air en Indochine au début des années 1950, pour y diriger le Service d’Information, il est amené à photographier les opérations avec son nouveau Rollei, non par goût personnel, mais parce que l’Etat-Major ne dipose pas de photographe attitré. De son séjour en Indochine, il rapportera la matière de plusieurs livres, témoins des dernières années de la présence française en Indochine — une dizaine d’années avant que l’Amérique ne se retrouve engagée dans une entreprise tout aussi futile, sur le même sol et dans le même ciel.
Après la capitulation de la France lors de la bataille de Dien Bien Phu et les accords de Genève de 1954, en vertu desquels la France se désengage de l’Indochine, Cauchetier reste en Asie du Sud-Est. Il consacre son temps à photographier le peuple vietnamien. Ses photos feront l’objet d’un ouvrage publié à Paris en 1955 par Albin Michel.

Cauchetier est en reportage sur le site des temples d’Angkor, en 1957, lorsqu’il rencontre le réalisateur Marcel Camus (Orfeu negro) venu au Cambodge filmer Mort en Fraude. Jean Hougron, l’auteur du roman du même nom récompensé par le Grand Prix Roman de l’Académie Française en 1953, est un ami de Cauchetier. Il lui demande d’aider Camus à trouver les extérieurs de son film. Le producteur Jean–Paul Guibert propose alors à Cauchetier d’être son photographe de plateau, économisant ainsi le prix du voyage d’un photographe venu de la métropole. Être au bon endroit au bon moment change parfois le cours d’une vie.

De retour en France, Cauchetier essaie vainement de travailler comme photojournaliste. Pour gagner sa vie, il accepte de travailler pour Hubert Serra, éditeur d’une série de romans-photos, mode d’expression très en vogue à l’époque. (Fellini fera de ces fotoromanzi le sujet de son premier film réalisé seul, le Cheik Blanc.) Par l’intermédiaire de Serra, Cauchetier rencontre le producteur Georges de Beauregard. Après le succès remporté au festival de Cannes par le premier film de Truffaut, Les Quatre Cents Coups, Beauregard demande à Cauchetier de faire les photos du premier long métrage de Jean-Luc Godard À Bout de Souffle. C’est ainsi qu’il se retrouve, tout à fait par hasard, happé par la Nouvelle Vague.

Contrairement aux photographes de plateau de l’époque, auxquels on demandait de couvrir la production d’un film en vue de sa seule promotion, Cauchetier envisage son travail avec le regard d’un témoin, d’un journaliste et d’un anthropologue, notamment lorsqu’il rend compte des méthodes de travail peu orthodoxes de Godard. Même au regard du tempérament fougueux des cinéastes émergents que sont Chabrol, Malle et Rivette, les habitudes de Godard restent singulières. Les acteurs et l’équipe n’ont aucun scénario. Godard les rencontre souvent dans un café le matin et leur présente le travail de la journée, griffonné sur un bout de papier juste avant leur arrivée. Une approche en opposition manifeste avec celle de François Truffaut, dont l’amour de la littérature même en tant qu’enfant rebelle (il suffit de penser à l’autel qu’Antoine Doinel dresse en l’honneur de Balzac dans Les Quatre Cents Coups) implique les acteurs et l’équipe dans la réalisation du scénario.

Les photos de Cauchetier révèlent un regard d’artiste pour le moins aussi intéressé par le tournage et les liens qui unissent l’équipe, hors caméra, que par l’analyse qu’il consacre au jeu des acteurs. Ses images racontent très souvent une histoire qui donne une idée à la fois du style de la Nouvelle Vague, de l’esprit de camaraderie spontanée né sur le plateau, et des improvisations exténuantes de ces films à petit budget qui sont devenus aujourd’hui des monuments de l’histoire du cinéma. Cauchetier a photographié le tournage de films tels que Jules et Jim, La Peau douce, Baisers volés, Lola, Landru, Adieu Philippine, Cléo de 5 à 7, Une femme est une femme, Tirez sur le pianiste et La Baie des anges. Des clichés de tous ces films ont été réunis dans son ouvrage intitulé Photos de Cinéma, publié par Image France Éditions.

Pour moi comme pour tous ceux qui voient en la Nouvelle Vague autre chose qu’une vieille bizarrerie sur l’écran de leurs souvenirs, regarder ce trésor photographique revient à passer de l’autre côté du rideau, à prendre un ticket pour un siège au premier rang afin de vivre à nouveau ces moments marqués au fer rouge dans notre mémoire cinématographique. Le reste de cet article est donc consacré à certaines de ces images, assorties de commentaires basés sur les entretiens entre Cauchetier et le critique Marc Vernet, auteur du texte d’introduction de l’ouvrage. Les détails biographiques sont de Richard Brody, du New Yorker, auteur/historien de la Nouvelle Vague. Son article sur Cauchetier publié dans l’édition d’hiver 2009 du magazine Aperture est pour l’essentiel, au même titre que ma correspondance personnelle avec Raymond Cauchetier, la source de ce qui suit.

À Bout de Souffle est le film phare de la Nouvelle Vague. Si Cauchetier en a saisi les instants “cinématographiques” clés, il a également créé certaines des images qui définissent les grandes lignes de cette oeuvre majeure. La photographie où Jane Seberg et Jean-Paul Belmondo marchent le long des champs Élysée n'a, en réalité, pas été prise lors du tournage. Il s’agit d’un instant pris sur le vif par Cauchetier qui a saisi les deux jeunes acteurs insouciants entre deux prises. Il m’a expliqué qu’il ne se considérait pas comme un “artiste” mais simplement comme un “témoin.” Cette modestie doit remonter à son époque de photojournaliste en Indochine. En fait, cette photo possède l’immédiateté d’un cliché de Kertesz, Cartier-Bresson ou Doisneau — Belmondo mains dans les poches, une cigarette au bord des lèvres, son pied droit saisi juste avant qu’il ne touche le sol, et Seberg radieuse, toute à son insouciance américaine, image parfaite des balbutiements de cette période du cinéma français.

En douze courtes années, jusqu'en 1968, il fait un parcours extraordinaire. Il travaille en effet avec les plus grands cinéastes de la génération montante : Godard, Truffaut, Demy mais aussi Chabrol, Schoendoerffer, Rozier... Cauchetier adopte une posture radicalement nouvelle en matière de photographie de cinéma. Alors que dans la tradition américaine, le photographe capture très rapidement une scène juste après le " Coupez ! " du réalisateur, en faisant garder la pose aux comédiens, Cauchetier travaille en photo-journaliste. Ayant compris qu'il assiste " à une révolution de cinéma ", son oeuvre témoigne de l'inventivité des techniciens et du nouveau rôle assigné au réalisateur. Travail des équipes, conditions de tournage, portraits d'acteurs, tout y est présent à travers un regard renouvelé où il laisse libre cours à son instinct car selon lui " ce qui compte, c'est le flair, le regard, le sens du cadrage, le choix de l'instant. Ca ne s'explique pas, ça se ressent. " On lui doit parmi les plus célèbres photos de cinéma : Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg sur les Champs-Elysées dans A bout de souffle de Godard en 1959, le trio de Jules et Jim de François Truffaut (1961) courant sur un pont ou encore les portraits d'Anouk Aimée dans Lola de Jacques Demy (1960). Raymond Cauchetier a également été photographe sur des films de Jacques Rozier (Adieu Philippines, 1960), Jean-Pierre Melville (Léon Morin prêtre, 1961), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7, 1961) ou Claude Chabrol (Landru, 1962).
Il interrompt cette activité en 1968 confronté à la double difficulté de faire reconnaître son statut d'auteur et de contrôler l'usage fait de ses images.
Plus de quarante ans après avoir mis un terme à sa carrière au cinéma, son travail de photographe de plateau, pour la défense duquel il s'est beaucoup investit, est reconnu mondialement de la profession et du grand public comme en témoigne l'exposition que lui consacre la célèbre académie des Oscars à Los Angeles en 2012 (Images of the French New Wave).


Une grande réalisation de l’Exposition coloniale de 1931 à Paris a été la réplique du célèbre temple d’Angkor Vat au Cambodge. Si les colonies françaises ne couvraient pas un ensemble aussi vaste que celles de l’empire britannique, la France exerçait toujours à l’époque une domination non négligeable en Extrême-Orient et cette exposition en était la preuve.
Alors âgé de onze ans, Raymond Cauchetier passe des heures à la fenêtre de la cuisine de son appartement tout proche du bois de Vincennes, admirant la splendide reconstitution du temple d’Angkor Vat, surtout la nuit lorsque de puissants projecteurs de D.C.A en illuminent les tours. Chaque fois qu’il a un instant de liberté, Raymond se rend à Vincennes, pour se perdre parmi les galeries surchargées de sculptures, tout en se promettant de visiter un jour le véritable site d’Angkor, au coeur d’une jungle certainement environnée de tigres, d’éléphants et de perroquets. Les sculptures du XIIe siècle du temple sont presque contemporaines de celles des églises romanes, que Cauchetier apprendra à connaître par la suite, parcourant plusieurs étés durant l’Europe à bicyclette. Un demi-siècle plus tard, elles feront l’objet d’un pan important de son travail. L’architecture et les précieuses sculptures d’Angkor Vat ont, à juste titre, pour les Cambodgiens, une valeur culturelle identique à celle que les cathédrales gothiques représentent pour les Européens.
Mais Raymond vient d’une famille modeste, sa mère est veuve, et il est souvent obligé de se rendre à pied à Vincennes, faute de pourvoir acheter le ticket de métro quotidien. Il désespère de pouvoir un jour aller au-delà des mers. Son désir de fuite l’amène à rêver de devenir aviateur. C’est l’époque glorieuse de l’Aéropostale. Saint-Exupéry, Mermoz et Guillaumet sont les héros de la jeunesse. Mais monter à bord d’un avion lui parait aussi impossible que d’aller parcourir les ruines lointaines des vieux temples khmers. C’est cependant ce rêve qui lui permettra de tenir bon, lors de la débâcle de1940, et plus tard, durant la guerre d’Indochine.
Sept ans plus tard, après des études chaotiques, il obtient une bourse qui lui permet d’entrer dans une école d’ingénieur. À ce moment, le gouvernement français envoie des recruteurs de l’Armée de l’Air dans la plupart des établissements techniques. Raymond entrevoit alors la possibilité, jusqu’alors inespérée, de devenir pilote. Mais, en raison d’un déficit auditif de l’oreille droite, il est recalé pour la formation de pilote. En juin 1940, tandis que les troupes allemandes marchent sur Paris, Cauchetier gagne Montpellier en vélo pour rejoindre la base aérienne où il doit être moblisé. Lorsqu’il atteint le Sud, quinze jours plus tard, Paris est déjà envahi par les blindés de la Wehrmacht. Cauchetier sert néanmoins son pays, en montant des gardes nocturnes devant des hangars vides d’avions. Il se bat, certes, mais contre des hordes de moustiques assoiffés de sang. Voici une magnifique photo de Raymond en simple troufion, alors âgé de vingt ans, en 1940, à Montpellier. Pourtant, vingt-cinq ans plus tard, il sera décoré de la Légion d’honneur par le Général de Gaulle. Toujours, l’inattendu arrive.

Il nous est difficile aujourd’hui, à près de soixante-dix ans de distance, de comprendre la confusion et les émotions contradictoires d’une jeunesse sensible prise dans les tourments de l’Histoire et qui voit pendant plus de quatre ans la France occupée par le Troisième Reich allemand. Dès qu’il le peut, Cauchetier rejoint la Résistance. Membre d’un commando du célèbre Corps Franc Pommiès, il sera blessé plus tard dans les Vosges. Au sortir de la guerre, il est rappelé à Dijon, dans l’Armée de l’Air, où on ne sait trop quoi faire de lui. Faute de mieux, il est chargé de questions de presse, et ne se débrouille pas mal, puisque l’année suivante, il rejoint, à Paris, le Cabinet du Ministre de l’Air, pour y développer à l’échelon national, les méthodes qu’il avait employées au niveau régional. En 1951, il est affecté en Indochine, où la situation politique est confuse. La route d’Angkor semble enfin s’ouvrir pour Raymond.
Entre autres missions, le Commandant de l’Armée de l’Air française en Extrême-Orient, le général Chassin, le charge d’asurer une émission hebdomadaire d’une heure sur les antennes de Radio France Asie, à Saigon. Cauchetier réalise plus de 150 reportages sur les zones de combat. En 1953, il est au coeur d’une attaque nocturne lancée par le Viet-Minh sur le camp retranché de Na San, au Tonkin. Un éclat d’obus tranche alors le câble de son microphone, mais il ne s’en rendra compte que plus tard, car, lors de l’attaque, il prend également des photos de la bataille, devenues aujourd’hui des documents historiques.
Le général Chassin le charge également de réaliser un album de photographies sur la vie du personnel de l’Armée de l’Air. Il compte utiliser des photos prises dans les unités aériennes, mais très peu sont dignes d’être publiées. Chassin l’invite donc à réaliser lui-même les photos. Faute de crédits officiels, il rassemble ses économies et achète le Rolleiflex qui sera son fidèle compagnon pendant plus de quinze ans, et même pour les photos de cinéma de la Nouvelle Vague. Il se rappelle le conseil que lui a donné un ami “Photographie au 1/125e de seconde, et choisis une ouverture de f : 11 s’il fait soleil, de f : 5.6 si le ciel est couvert, et de f : 8 entre-deux.” Ce fut là toute sa formation technique. Après avoir vu ses premières photos, Chassin l’encourage chaleureusement, et le considère comme un futur “grand photographe”. Les résultats sont en effet assez satisfaisants pour que Cauchetier publie en 1954 son premier album, qui renconre un succès tout à fait inattendu.

Dès le début de son séjour en Indochine, quelques heures de permission lui permettent de se rendre pour la première fois à Angkor. La beauté mystérieuse et solennelle des temples gagnés par la végétation va le bouleverser.
Pendant son service dans l’Armée de l’Air, mais également par la suite, Cauchetier arpente les rues et les ruelles de Saïgon, longe les canaux et les rizières de ses environs et prend des centaines de photos : paysans, scènes de la rue, de la vie des champs, inondations lors de la mousson ou incendies, sinistres dévastant des quartiers entiers et laissant leurs habitants démunis et à la rue. Il en fera un livre, Saïgon, publié à Paris par Albin Michel en 1955. Le romancier Graham Greene, qui vit à Saïgon à cette époque, sympathise avec Cauchetier et lui propose d’écrire la préface de son prochain ouvrage.

Revenu en Indochine après avoir quitté l’Armée, Cauchetier commence enfin son travail sur les temples d’Angkor, qui durera plusieurs mois. C’est à ce moment qu’il recueille un bébé tigre affamé, capturé par des pirates de la jungle, qui ont tué sa mère au cours d’une chasse. Le bébé était en fait une jeune tigresse, qui reçut le nom de Bijou. Ils deviennent vite inséparables, et bien que Bijou, soit morte depuis longtemps, il parle encore d’elle comme si elle marchait encore sur ses talons.
Paradoxalement, c’est à ce moment que commence la période de la vie de Raymond Cauchertier consacrée au cinéma de la Nouvelle Vague, objet des deux premières parties de cet article.

Bien plus tard, en 1967, il est invité à revenir au Cambodge par le roi Norodom Sihanouk, qui le charge de réaliser un ouvrage sur le pays et sur sa capitale, Phnom Penh, comme Raymond l’a fait jadis pour le Viet-Nam et Saigon. Tout ce dont il a besoin est mis à sa disposition : avions, hélicoptères, camions, assistants. Trois mois plus tard, lorsque tout est terminé, Cauchetier rencontre Sihanouk au Palais Royal pour examiner les images développées à Paris, et qu’il n’a pas encore vues. Il a alors la surprise d’être décoré pour la qualité du travail effectué.
Un coffre-fort climatisé est construit, pour protéger les films de la chaleur et de l’humidité tropicales. Ils sont désormais comme un trésor national. Plusieurs années plus tard, lors d’un séjour du roi en France, un coup d’état a lieu et le général Lon Nol prend le pouvoir. Mais il est lui-même renversé en avril 1975 par les Khmers Rouges. Ces derniers découvrent le “coffre-fort” et pensent qu’il contient de précieux bijoux. Ils l’ouvrent en le faisant sauter. Des milliers de photos partent en fumée. Heureusement Cauchetier a conservé les doubles de quelques unes d’entre elles. Elles sont ici reproduites.

Cauchetier m’a raconté que, cette année là, après avoir passé une nuit dans la jungle d’Angkor Vat, il a voulu réaliser une photo aérienne du temple à l’aube, alors que les flèches du temple sortent de la brume environnante “comme une île dans une mer de brouillard”. Mais lorsque l’hélicoptère arrive sur place, la brume s’est entièrement dissipée. Bien que la photo qu’il a pu prendre le console en partie, il espère retourner un jour à Angkor, (il a aujourd’hui 90 ans) pour réaliser l’image parfaite qui existe toujours quelque part dans sa mémoire.

Lorsque je travaillais sur les deux premières parties de cet article sur l’oeuvre de Raymond Cauchetier (sa période Nouvelle Vague), il m’a fait parvenir des dizaines d’images de la guerre d’Indochine ainsi que ses portraits particulièrement humains et émouvants des habitants de Saïgon. Il m’a également envoyé des images de son travail au Cambodge et à Angkor Vat à la fin des années 1960. J’ai également réussi à trouver plusieurs de ses ouvrages rares et épuisés.
Ces images électroniques, comme les pages jaunies des livres constituent non seulement un important document historique, mais aussi une vision sincère de la vie et de l’esprit des peuples asiatiques. Il est facile, dans ces premiers travaux, de retrouver le regard observateur et sensible qui a su capter les instants emblématiques du cinéma français des années 1960. Les photographies d’Indochine de Cauchetier font état d’une société qui s’est épanouie avant et a continué de s’épanouir après la fin de la domination française, un mode de vie qui n’a été ensuite brièvement mis à mal que par les opérations militaires ultérieures de l’Amérique. Bien que les images d’Indochine de Cauchetier aient fait le tour des États-Unis dans le cadre d’une exposition du Smithsonian Institute, de 1960 à 1967, son oeuvre hors cinéma reste encore largement méconnue en Occident, et même en France, alors qu’elle est glorifiée en Extrême-Orient.

En 2005, le consul général de France, Nicolas Warnery, et le Maire de Saigon, devenu aujourd’hui Ho Chi Minh Ville, ont invité Raymond Cauchetier à revenir dans la capitale pour revoir les photos aériennes qu’il avait réalisées cinquante ans plus tôt, au retour de missions, en tenant son Rollei à bout de bras par la porte ouverte du Dakota DC3. Il les avait classées, en vrac, dans des cartons, mais certaines avaient figuré dans les premières pages de son livre sur Saïgon. Elles ont été sorties du néant pour être exposées en 2005, au Parc Chi-Lang, en plein coeur de Saigon, juxtaposées à des photos contemporaines, prises avec les mêmes perspectives par l’armée de l’Air vietnamienne. Cauchetier, présent le jour de l’inauguration, interviewé par la télévision, a été reconnu et salué dans les rues comme une vedette. En compagnie de son épouse Kaoru, il a pu de nouveau visiter ces lieux qu’il aime tant. Cette exposition à fait l'objet d'un catalogue intitulé Saïgon, 1955 > Ho Chi Minh Ville, 2005.

Cauchetier travaille actuellement sur un projet auquel il pense depuis ses jeunes années, alors qu’il visitait à bicyclette, grâce aux Auberges de Jeunesse, les églises et abbayes médiévales de l’Europe. Ce travail en cours constitue un fonds photographique majeur sur l’évolution de la sculpture romane. Si les sites les plus connus sont souvent visités et convenablement documentés, des édifices plus modestes, en des lieuxs parfois reculés, récèlent parfois des sculptures qui constituent des trésors authentiques et encore ignorés que Raymond Cauchetier nous fait découvrir, tels les chefs d’oeuvres de Fromista, en Espagne, de Vinax ou de Chauvigny, en France. Elles nous offrent une vision fraîche et nouvelle de cet art vernaculaire, et des sculpteurs anonymes et singuliers qui les ont réalisées — peut-être autant pour leur propre plaisir et leur sens de l’humour que pour la gloire de Dieu.
Ayant appris à connaître Raymond Cauchetier par ses photos et les e-mails biographiques qu’il m’a fait parvenir, j’ai très envie de le rencontrer. C’est une chose de se documenter et d’écrire ces articles hebdomadaires comme une ouverture sur des artistes déjà connus et dont les contributions, telles que celle de Frank Hurley, ont été expliquées par des spécialistes et biographes ; c’est autre chose de découvrir les détails qui sous-tendent les images que vous pensez déjà connaître, comme celles des films de la Nouvelle Vague, et les commentaires donnés par l’artiste qui les a prises. C’est encore autre chose de découvrir une vie de travail, dans son intégralité. Ce fut une aventure passionnante pour moi de suivre l’évolution du travail de Raymond Cauchetier sur plus d’un demi-siècle, travail qu’il semble avoir redécouvert avec moi. Ce fut plus qu’une découverte. Ce fut un privilège. Merci, Raymond. Et bonne chance à Angkor Vat.

Source : Principalement John BAILEY, et une petite partie provenant de cine-ressources.

PUBLICATIONS :
1953 : Ciel de guerre en Indochine (préface du Général de Division Aérienne L.-M. Chassin), Lausanne
1955 : Saigon, Albin Michel
2000 - Raymond Cauchetier, « Le Métier de photographe de plateau », Bibliothèque du film
2007 : Photos de cinéma - Autour de la Nouvelle Vague, 1958-1968, Image France Éditions, texte de Marc Vernet
2013 : Flash-back sur Raymond Cauchetier (ISBN 978-2-9546818-0-1)


EXPOSITIONS :
1964 : Faces of Vietnam, Smithsonian Institute, Washington, États-Unis
2005 : Saigon 1955 - Ho Chi Minh Ville 2005, Ho Chi Minh Ville, Viêt Nam
2008 : Paris fait son cinéma, École du Louvre et Forum des Images, Paris, France
2010 : Nouvelle Vague, James Hyman Gallery, Londres, Angleterre, 14 juillet-28 août
2012 : Le cinéma du reporter, Polka Galerie, Paris du 25 janvier au 3 mars 2012
2012 : Nouvelle Vague, Academy of Motion Picture Arts and Sciences, Los Angeles, États-Unis
2013 : Salon de la photo, Paris


SITE OFFICIEL :
- Raymond CAUCHETIER


Sources générales : Wikipédia, Polkagalerie, raymond-cauchetier.com, John Bailey, cine-ressources, et bien d'autres

 

La photo mytihique de Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. sur l'avenue des Champs-Elysées - 1959 
© Raymond Cauchetier / Polka Galerie
La photo mythique de Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg sur l'avenue des Champs-Elysées
1959 © Raymond Cauchetier / Polka Galerie

LES LIVRES SUR RAYMOND CAUCHETIER
 



Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans le lit pour une scène du film "A bout de souffle". Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans le lit pour une scène du film "A bout de souffle".
Paris - 1959 © Raymond Cauchetier


Jean-Paul Belmondo lit son journal dans une petite chaise à roulette devant Notre-Dame de Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo lit son journal dans une petite chaise à roulette devant Notre-Dame de Paris
1959 © Raymond Cauchetier


"Le tireur de photo, sculpteur de lumière devient indispensable,
il devient lui aussi un créateur."

Raymond Cauchetier


Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la salle de bain pour une scène du film "A bout de souffle". Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la salle de bain pour une scène du film "A bout de souffle".
Paris - 1959 © Raymond Cauchetier


Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg au lit pour une scène du film "A bout de souffle". Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg au lit pour une scène du film "A bout de souffle".
Paris - 1959 © Raymond Cauchetier


Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la rue pour une scène du film "A bout de souffle". Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la rue pour une scène du film "A bout de souffle".
Paris - 1959 © Raymond Cauchetier




Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la rue pour une scène du film "A bout de souffle". Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la rue pour une scène du film "A bout de souffle".
Paris - 1959
© Raymond Cauchetier

"Je suis fier quand je me compare,
humble quand je me considère."

Jean-Luc Godard, dialogue du film "Hhélas et moi"


Jean-Luc Godard avec Jean Seberg à la terrasse d'un café © Raymond Cauchetier
Jean-Luc Godard avec Jean Seberg à la terrasse d'un café © Raymond Cauchetier


L’expression « Nouvelle Vague » a été utilisée pour la première fois en France en 1957,
par Françoise Giroud, dans le magazine L’Express. Il s’agissait alors de qualifier, non pas
un mouvement cinématographique, mais une enquête sociologique sur les tendances
et les évolutions de mœurs d’une génération.
Source : revuesequences.org


Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg tournant plusieurs scènes pour le film "A bout de souffle". 
Paris - 1959 © Raymond Cauchetier
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg tournant plusieurs scènes pour le film "A bout de souffle".
Paris - 1959 © Raymond Cauchetier





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